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Dossier du jour, George Weah: Tout sur son séjour camerounais

libaria,dossier,jour,george,weah,tout,sur,son,sejour,camerounais,liberia,LIBÉRIA :: Dossier du jour, George Weah: Tout sur son séjour camerounais :: LIBERIAWeah arrive au Cameroun à l'âge de 21 ans et s'illustre très vite le temps d'une demie saison (19987-1998). Le jeune libérien claque 14 buts en 18 matches. Il est hébergé dans un premier temps par le général Semengué. Jean Paul Akono l'a entraîné. Le défenseur camerounais Isaac Sinkot a été son cauchemar. Il marqué l'esprit de Claude Leroy alors sélectionneurs des Lions indomptables. Venus supervisés Stephen Tataw au TKC, les recruteurs de l'AS Monaco repartiront finalement avec le CV de George Opong Weah. Le dossier du jour est signé Cameroon Tribune.

Souvenirs de Yaoundé

Le nouveau président du Libéria a vécu l’une des étapes les plus importantes de sa carrière lors de son passage au Cameroun entre 1987 et 1988.

Depuis le 28 décembre 2017, on ne voit pratiquement que lui dans les médias. George Weah a en effet frappé un grand coup en remportant l’élection présidentielle dans son pays, le Libéria, à 51 ans. Un destin extraordinaire pour cet enfant qui a grandi dans les rues de Monrovia. Mais c’est surtout son parcours profes- sionnel qui rend la chose sa- voureuse. Qui ne connaît pas George Weah et ses exploits comme footballeur à Monaco, au PSG et au Milan Ac notam- ment ? Qui a oublié qu’il reste à ce jour le seul joueur africain à avoir remporté le Ballon d’or France football en 1995 ? Un footballeur à la tête d’un pays, voilà qui est peu commun. Et les  médias  occidentaux  se complaisent désormais à racon- ter ce parcours. Sauf qu’ils sem- blent tous omettre un détail : c’est bien au Cameroun que la carrière de « Mister George » démarre  véritablement.  Au Tonnerre Kalara Club (TKC), plus exactement.

L’histoire durera  moins  d’un  an  (saison 1987-1988) mais elle sera in- tense et surtout déterminante. Trente ans plus tard, les témoi- gnages fusent avec moult détails. Même si on ne s’accorde pas toujours sur les noms, les lieux, certains faits sont récur- rents. Par exemple, c’est lors d’une tournée de préparation de la pré-saison du TKC, alors champion et vainqueur de la coupe du Cameroun, du côté du Liberia, que George Weah tape dans l’œil des Camerounais. Il vient à peine d’avoir 21 ans, évolue  à  Invincible  Eleven après Mighty Barolle (les deux clubs les plus populaires du pays) et est déjà une petite ve- dette  locale. 

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Les  Ivoiriens d’Africa sport convoitent éga- lement le joueur mais ce der- nier fait son choix : ce sera le Tonnerre, le club de Roger Milla dont il est particulièrement fan. Même s’il ne parle pas un mot de français, l’adaptation est aisée. « Il a commencé à se débrouiller en français et nous, on se battait en anglais », té- moigne Dieudonné Nké, ancien coéquipier. D’autant que les dirigeants du TKC traitent les joueurs comme des membres de leurs familles. Il sera notam- ment  logé  chez  le  général Pierre Semengue, alors prési- dent du club, avant de rejoindre le domicile d’un autre respon- sable de l’équipe du côté de la Cité verte. Sur le terrain, il s’im- pose rapidement en compa- gnie d’autres étrangers comme le Ghanéen Koffi Abbrey. Sur ce sujet, tout le monde est una- nime sur ses qualités : joueur physique  également  doué techniquement. « Il pouvait faire ce qu’il voulait du ballon. En plus, il était malin sur le ter- rain comme Milla et c’était dif- ficile de le blesser. Il savait lire à distance les intentions mal- veillantes des adversaires», précise Fritz Mbella, ancien co- équipier. Sa détente, sa vi- tesse, sa  qualité de frappe marqueront également les es- prits  des  supporters.  Tout comme son bilan de 14 buts en 18 matchs.

Le flair des agents recruteurs de Monaco ne s’y trompe donc pas. Ils sont venus à la de- mande de Claude Le Roy, sélec- tionneur du Cameroun, super- viser  le  capitaine  du  TKC, Stephen Tataw. Mais, à la  fin de la 1ère mi-temps, George Weah a déjà marqué deux buts et Mo- naco a fait son choix. Arsène Wenger,  entraîneur  moné- gasque, fait le reste et c’est le début de l’aventure de Mister George. « Il restait quatre journées de championnat quand il est parti », se souvient Jean- Paul  Akono,  son  coach  de l’époque. Tout le monde re- grette bien le départ du foot- balleur talentueux mais aussi de l’homme humble, discret, respectueux,  adepte  du consensus et fan de Prince Eyango. Mais chacun sait que son destin l’appelle. George Weah n’oubliera pas certains de ses coéquipiers avec qui il est resté en contact. Il en a d’ailleurs rencontré lors de son passage  au  Cameroun,  en 2012, à l’occasion du jubilé de Patrick Mboma.  Car lui, n’a vrai- ment jamais oublié ce TKC là.

Josiane R. MATIA

Weah en compagnie de Arsène Wenger, son coach à Monaco
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Quelques anecdotes racontées par ses coéquipiers

Le match de sa vie

« A l’époque, il avait une entorse au poignet droit et avait une semaine de repos. Lorsque les dirigeants de Monaco arrivent, nous devions jouer un match retour de coupe des clubs champions contre une équipe togolaise. Il vient me voir à 48 heures du match et me dit que c’est une histoire de vie ou de mort. C’est ma carrière. Je dois absolument jouer le match de dimanche. Je veux jouer. Fais-moi confiance, je vais courir aujourd’hui et demain. Je vais bander mon poignet, tu ne seras pas déçu. Tout le monde était stupéfait de le voir commencer le match. Il m’avait demandé seulement 45 minutes. En première manche, il met deux buts fabuleux. Un d’une frappe de 35 mètres et l’autre, il a balayé toute la défense. A la pause, il me dit : coach je te remercie. Je lui demande de continuer, il me rappelle qu’il avait  demandé  uniquement  45  minutes  de  jeu. Quelques jours plus tard, il s’envolait pour Monaco » : raconte Jean-Paul Akono.

Le dossard 14

« Au moment d’attribuer les dossards aux joueurs, il s’est posé un problème. Le 10 était déjà acquis à Jean Louis Mama qui était une véritable institution. Même si Pelé arrivait au TKC, il était hors de question de le lui laisser. Il ne restait donc que le 14 que voulaient George et Adama Zico, autre monument de l’époque. Lors d’une séance d’entraînement, Jean-Paul Akono a tranché en le donnant à Weah. Il a dit à Adama : laisse ça au petit, ce n’est pas le numéro qui fait le joueur. Tout le monde sentait que ce Libérien avait quelque chose de particulier » se souvient Firtz Mbella.

Spécialiste du riz au lait

C’est encore Fritz Mbella qui ra- conte : « Après les entraîne- ments, on se retrouvait souvent au camp de la gendarmerie à Ngoa-Ekellé avec d’autres footballeurs. George Weah faisait parfois la popote avec une re- cette spéciale : du riz parfumé avec du jambon et d’autres in- grédients dont il avait le secret. Quand tout cela était cuit, il ar- rosait avec du lait Nestlé. On appelait cela la pourriture libérienne mais c’était bon et nourrissant. Sinon, il aimait beaucoup le pain-jambon-haricot avec du Coca-cola »

Sinkot et Ayi Bodo dégoutent Weah

« Il a vécu deux moments difficiles face à des adver- saires. Le premier, lors du match Dynamo-TKC. Il faisait excessivement chaud. Le genre de match qu’affection- nait un de nos attaquants, le Tchadien Abdoulaye, car il courait partout et épuisait les défenseurs. Du coup, Weah est décalé et joue comme ailier. Il croise sur son chemin, Isaac Sinkot qui était latéral gauche. George a demandé son remplacement car il a littéralement été massacré. Le deuxième hic sera contre Unisport. Il est marqué à la culotte par Claver Ayi Bodo. Ce dernier est recruté l’année suivante au TKC à cause de ce match », dixit Fritz Mbella.

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«C’était un génie»
Jean-Paul Akono, entraîneur du TKC durant la saison 1987-1988

«C’était quelqu’un de très simple, très respectueux, très humble. On ne le trouvait pas dans les  milieux mondains. Il aimait animer le groupe en imitant Roger Milla qu’il admirait. C’était vraiment un génie. Il avait une bonne taille, était technique, intelligent et adroit devant les buts. C’était quelqu’un de très spirituel qui avait toujours sa petite bible, et se concentrait sur les écrits de Dieu avant les matchs. C’était ça sa force, sa  magie. De l’homme simple et amuseur qu’on connaissait dans l’équipe, il devenait un vrai prédateur avec un ballon. Malgré ses qualités, il tirait un peu vers la paresse. Il négligeait le travail athlétique. Je lui ai dit : tu peux devenir ici la star que tu es chez toi. Tout ce qui te manque, c’est un support physique qui va revaloriser ton génie. En à peine 14 jours, il s’y est véritablement mis. Il a demandé qu’on ne vienne plus le chercher avec la voiture. Il partait de la Cité verte où il résidait pour le stade militaire en courant. Weah a trôné sur le championnat camerounais. Personne ne lui arrivait au niveau de la cheville. Il a tiré le TKC vers le haut et le club a remporté le championnat. J’ai eu le bonheur de le façonner à ma manière et il ne l’a jamais oublié».

« Il m’accompagnait parfois à l’université »
Fritz Mbella, ancien coéquipier au TKC.

« On s’appelait Twins car nés pratiquement à la  même  période.  De plus,  quand  il arrive,  il montre beaucoup d’intérêt pour le milieu es- tudiantin car il avait soif d’apprendre. Surclassé chez les seniors,  je continuais  d’aller à l’uni- versité.  Essomba  Eyenga  m’a  demandé  de l’appuyer. Il m’accompagnait parfois à l’Amphi même s’il ne comprenait pas bien le français. On avait pris l’habitude de se retrouver avec d’autres sportifs qui poursuivaient leurs études. Sur le terrain, je prenais du plaisir à le barrer car on était toujours adversaires aux entraînements. Mais il était tellement fort qu’il réus- sissait toujours à marquer. On était tous sous le charme. Même Claude Le Roy qui a cru à un moment qu’il était Camerounais et voulait le sélectionner avec les Lions mais George Weah voulait jouer pour son  pays.  Quand il a signé à Monaco, il est  revenu  nous  dire  au revoir.  Et il voulait qu’un autre ami et moi allions jouer à Mighty Barolle, qui  appartenait en fait à Samuel Doe, alors président du Libéria de qui il était proche. On a pris ça tellement mal qu’il est parti sans nous le dire »

« C’était l’homme du consensus »
Dieudonné Nké, ancien coéquipier et gardien de buts du TKC.

«Quand vous jouez dans un pays étranger, il y a un temps d’adaptation. Or, lui s’est facile- ment mis dans le bain. C’était une belle am- biance parce que tout le monde avait voulu qu’il  rejoigne  le  groupe.  Cette  saison-là,  le club devait jouer la Coupe d’Afrique des clubs champions. Il fallait renforcer notre ligne d’at- taque. C’était la personne indiquée. Il admirait beaucoup Roger Milla et ne voulait que jouer dans  son  club.  Il  était  jovial  et  humaniste. Très sociable, il était très proche des uns et des autres, toujours prêt à donner un conseil. Sa principale  qualité, quand il te causait du tort,  c’est  qu’il  revenait  toujours  s’excuser. C’était l’homme du consensus dans le groupe. Comme joueur, il était pétri de talent. Il avait une bonne frappe et se démarquait pas sa technique individuelle. Il alliait beaucoup d’intelligence dans son jeu. Il était astucieux. Il était vif et avait un très bon coup de pied. Quand on est un gardien, on n’aime pas beaucoup un attaquant qui frappe  énormément ».

«Il n’accordait pas beaucoup d’interviews»
Eboa Elame Mikado, chroniqueur sportif de l’époque.

«George Opong Weah arrive au Came- roun dans un contexte de grande concur- rence entre les différents clubs du cham- pionnat  comme  Canon,  Panthère  de Bangangté ou Union de Douala. Le Tonnerre est alors en pleine restructuration. L’objectif est  d’en faire  une  grande équipe d’Afrique. A l’époque, les joueurs sont grassement payés. Ils sont nourris, logés  et  même  véhiculés.  Bref,  une équipe professionnelle. Lors des rencon- tres, le joueur se montre époustouflant. Il est reluisant. Il marque des buts. Il était très humble et peu bavard. Très réservé, il n’accordait pas beaucoup d’interviews. Quand il jouait, il partait comme une fu- sée, se faisant ainsi remarquer par ses prouesses sur le terrain. George Weah est sorti d’un moule. Le TKC a fait de lui une grande vedette. Son départ a permis au club de gagner beaucoup d’argent». Propos recueillis par PGMA, Yannick ZANGA et JRM

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«George Weah est un fils de la maison»
Pierre Semengue, président du Tonnerre Kalara Club (1985-1989).

A  l’annonce  de  l’élection de  George  Weah  comme président du Libéria, quelle a été votre réaction ? 

Nous  avons  appris  la  nou- velle en écoutant les infor- mations. Je suis très content pour lui. C’est un garçon qui ne m’a pas oublié. Je le pres- sentais déjà quand il est ar- rivé premier à l’issue du pre- mier tour. Je me disais qu’au second tour, il allait amélio- rer son  score. Avant d’être joueur du Tonnerre, George Weah est un fils de la mai- son. Il a habité ici pendant un  mois  avant  de  trouver
un  logement.  A  l’époque, c’est un garçon très gentil. Très simple. On n’a pas eu de problèmes quand il vivait avec nous. Il était aussi cour- tois et sociable.

Et comme joueur ?

Il était également très tra- vailleur. Un très bon joueur, coopératif,  qui  n’en  faisait pas qu’à sa tête. On le faisait jouer comme joker, électron libre  à  l’attaque. Il pouvait être ailier, avant-centre, ou milieu de terrain. Il pouvait faire du ballon ce qu’il vou- lait,  notamment  marquer des buts. Il avait le football dans  ses  pieds  et  sa  tête. J’espère qu’il aura les mêmes capacités  pour  diriger  son pays. Je lui souhaite beau- coup  de bonheur et  beau- coup de réussite.  

Qu’est-ce  qui  vous  aura particulièrement  marqué chez lui ?

Le fait qu’il était nationaliste. A l’époque, le Libéria était dans une situation presque de non Etat, nous lui avons proposé  de  devenir Came- rounais. Mais il a refusé, en disant qu’il est Libérien et il le  restait.  Comme  je  suis nationaliste, j’ai trouvé que c’était admirable.

Un  joueur  d’expression anglaise dans un environ- nement  francophone, comment communiquait- il ?

Au  début,  c’était  un  peu compliqué. Puis, par la suite, ça  allait.  Le  Cameroun  est bilingue.  Personnellement, je n’avais pas de problème majeur. Il a appris le français. D’ailleurs, quand  il part  en France, il s’exprime déjà en français.  Nous  aurions  pu le garder plus longtemps, si Arsène  Wenger  ne  nous l’avait  pas  arraché.  On  dit maintenant que c’est lui qui l’a  découvert.  Mais,  il  est parti  du  Cameroun  étant déjà très célèbre en Afrique. 

Quand vous êtes-vous revenus  pour  la  dernière fois?

En 2012,  lors du  jubilé de Patrick Mboma, il est venu à  la  maison.  Comme  tou- jours, il m’a embrassé et on a beaucoup bavardé. Quand on organisait les Awards de la Ligue en novembre 2017, je l’ai  invité.  Malheureuse- ment, il était en pleine cam- pagne électorale. Il m’a ré- pondu  avec  beaucoup  de gentillesse, qu’il aurait bien voulu venir mais il ne pou- vait pas. Sauf si on lui don- nait les moyens lui permet- tant d’aller et venir rapide- ment. Ce qui n’était pas pos- sible.

Propos recueillis par  Priscille G. MOADOUGOU ATANGANA

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