AFRIQUE :: Fifa : Des Africains redoutent l'après-Blatter

Fifa : Des Africains redoutent l'après-Blatter

afrique,fifa,des,africains,redoutent,lapres,blatter,AFRIQUE :: Fifa : Des Africains redoutent l'après-BlatterDes ressortissants du continent rencontrés en Suisse craignent que les avantages concédés à l’Afrique soient remis en cause.

«C’était prévisible ! » Les yeux rivés sur son smartphone, Fabien Muhieddine ne semble pas du tout étonné par le contenu de l’alerte-infos qu’il vient de recevoir. « Sepp Blatter a démissionné », poursuit le journaliste de l’hebdomadaire Matin Dimanche, accoudé contre la table d’un restaurant en plein coeur de Berne, capitale fédérale de la Suisse. Il est 18 h passées de quelques minutes ce mardi 2 juin et le président de la Confédération internationale de football association (Fifa) vient d’annoncer sa démission, cinq jours après sa réélection à la tête de l’institution.  

« Je chéris la Fifa plus que tout (…) Même si un nouveau mandat m’a été confié, il semble que je ne sois pas soutenu par tous dans le monde du football. C’est pourquoi je vais convoquer un congrès extraordinaire et remettre mon mandat à déposition », a déclaré le président démissionnaire. Erick, journaliste depuis plus de 20 ans à Berne, assure qu’il voyait venir la démission. « Il y avait trop de scandales autour de Sepp Blatter. L’étau se resserrait petit à petit », lâche-t-il, en dégustant sa Pizza (plat italien, ndlr). Son regard se balade entre ses confrères assis autour de lui et les passants dans la rue. Pour lui, le « président Blatter » aura tenu, comme un vaillant soldat, jusqu’au bout et à « l’aveuglette ». « A voir le développement des soupçons de corruption qui s’accumulaient au fil des années, il était sûr qu’il allait craquer un jour ou l’autre », pense Eric. Autour de la table, des journalistes « couvrant » l’actualité suisse et celle du sport depuis de nombreuses années ont une phrase en commun : « c’était prévisible ». 

Ils ne sont ni surpris, ni tristes de cette « bombe » qui vient de tomber dans le monde du football mondial. Qu’est-ce qui a pu provoquer la démission de celui que certains journalistes surnommaient « l’empereur », le « roi Blatter », le « seigneur Blatter» ? Difficile de répondre, tant la démission est inattendue. Sepp Blatter a été éclaboussé par plusieurs scandales au cours de sa carrière débutée il y a 40 années au sein de l’institution sportive. 

D’ailleurs, le 30 mai, soit 24 heures après sa réélection à la tête de la Fifa, il affirmait encore aux journalistes à Zurich, siège de l’institution, que le scandale qu’il vivait n’était « pas la pire des tornades » qu’il ait vécue dans sa carrière. Pour lui, l’enquête menée aux Etats Unis par le Federal Bureau of Investigation (FBI), le Bureau fédéral d'enquête dans sa version française, était à mille lieues de le toucher. « Il se croyait vraiment intouchable », confie au Jour, un fonctionnaire d’Etat à Berne. 

Sepp Blatter, l’homme Afrique

Dans les rues de Genève, Berne ou Lausanne que nous avons parcourues, la nouvelle était sur toutes les lèvres. Boubacar, un Malien rencontré au marché à puces à Genève s’inquiète du sort réservé aux fédérations africaines. « Grâce à Sepp Blatter, l’Afrique est devenu un continent dont les voix comptent au niveau de la Fifa. Je ne suis pas sûr qu’un autre fasse autant pour nous. Blatter a fait la même chose en Asie. Les Européens ne voudront jamais que l’Afrique soit ce que Blatter a voulu en faire », explique le quadragénaire. Comme prouesses de Blatter, Boubacar cite entre autres, la participation de cinq pays africains aux phases finales de la Coupe du monde contre trois autrefois, l’aménagement des calendriers européens pour permettre aux joueurs africains évoluant dans leur championnat de participer à la Coupe  d’Afrique des nations et l’organisation pour la première fois en Afrique (Afrique du Sud) de la Coupe du monde. 

Au Parc des Bastions, Fadjal, un Sénégalais travaillant en Suisse se repose cet après-midi de mercredi. La chute de Blatter est un coup dur pour le jeune homme : « Ce sont les Européens qui ont précipité sa chute, s’emporte-t-il. Ils ont peur de la très importante place que prend l’Afrique dans l’échiquier du football mondial. » « On ne peut pas avoir un système corrompu et ne pas être corrompu à son tour. La corruption est un acte grave. Si tout est avéré, Sepp Blatter ira en prison comme tout corrupteur », note pour sa part Bahon. Cet habitant de Lausanne, l’une des grandes villes de la Suisse, assure que les principaux collaborateurs de Blatter doivent à leur tour être interrogés si l’on veut s’assurer que les mêmes bêtises ne se reproduiront pas. « On pourra si possible les balayer », propose-t-il. 24 heures après la démission de Sepp Blatter, la presse helvétique ne lui a d’ailleurs pas fait de cadeau. « Fifa, Game Over », titrait à sa une mercredi le quotidien Le Matin. « C’est un grand sentiment de soulagement. 

Depuis vendredi, l’insolente réélection en pleine tempête de Sepp Blatter à la tête de la Fifa n’était pas digérée », écrit Grégoire Nappey, rédacteur en chef, à l’entame de son éditorial. Ses confrères du Temps qui déplorent un départ trop tardif et un aveu d’échec, annoncent tout simplement :« Sepp Blatter emporté par la tourmente ». Pour Sylvain Besson et Servan Peca, journalistes sportifs du célèbre quotidien, c’est la justice qui a fait chuter celui qui présidait aux commandes du football mondial depuis 1998. Le quotidien Le Courrier lance presqu’étonné: « Tout juste réélu, Sepp Blatter démissionne ». Si Pascal Bornand n’est pas étonné de cette démission, il est cependant inquiet de l’avenir de lafédération sportive mondiale qu’est la Fifa. Selon le chef de la rubrique sport de la Tribune de Genève, le « roi Blatter » s’en va en laissant un vide au sein du sport mondial. « Derrière lui, Sepp Blatter laisse un champ de ruines, une fédération en déliquescence, un système pernicieux, deux Coupes du monde controversées et une succession à remettre en jeu. Un vide plein d’interrogations », dit-il. Plus grave, Patrick Oberli, journaliste à Sport-center, agence de presse sportive à Lausanne, confie au Jour que la corruption et les magouilles existent à tous les niveaux, dans chaque pays représenté à la Fifa. « Le monde du foot est ce qu'il est, international, donc sans loi. Et la Fifa ne peut pas contrôler tout le monde », tranche-t-il.  

« Hayatou doit se faire du souci »

A la question de savoir si le « roi » Blatter peut être jugé coupable, les réactions sont mitigées. « On peut reprocher beaucoup de choses à Blatter. Mais, il faut savoir qu’il n’était par exemple pas un partisan de l’attribution de la Coupe du monde au Qatar », explique Benito Perez journaliste au Courrier. Le chef de la rubrique International assure que ceux qui ont précipité la chute du Suisse ne sont pas plus propres que lui. « Blatter a le mérite d’avoir mondialisé le football, reconnaît Perez. Je ne peux cependant pas dire qu’il est innocent au sens moral du terme. » Benito explique que « le ver est dans le fruit, pas dans la Fifa, mais dans le sport professionnel ». Sauf que pour de nombreux Suisses, le président démissionnaire ne « peut pas être propre ».

« Tu ne peux pas être un chef et dix millions disparaissent sans que tu ne sois au courant. Dix millions est une somme énorme. Il faut qu’on cesse de dire qu’il était innocent », s’agace un fonctionnaire. « La Fifa a en face de lui le FBI. C'est-à-dire, des gros moyens, du temps et une incroyable volonté de maîtriser le monde. Il n'en a pas l'habitude. Surtout leur dossier d'accusation semble sans fin. Cela fait cinq ans qu'ils enquêtent et cela s'est rapproché de lui. Ce n’est que le début », affirme Patrick Oberli pour qui les présidents des fédérations nationales et régionales à travers l’Afrique et l’Asie doivent s’attendre à subir le même sort. « Je pense qu'Issa Hayatou doit se faire du souci. Il a agi comme Blatter sur l'Afrique et de l'argent destiné au développement du football africain est passé chez lui (ou sa famille) au Cameroun. C'est le même schéma que pour Jack Warner arrêté la semaine dernière », poursuit-il. 

Platini n’est pas la solution ! 

Le 27 mai dernier, lors de l’assemblée élective de la Fifa, sept membres ont été interpellés à la demande des autorités américaines. Parmi les personnes arrêtées, Jeffrey Web, vice-président du comité exécutif de la Fifa et Eugenio Figueredo, ancien président de la Confédération sud-américaine de football (Conmebol). Ils sont entre autres soupçonnés de détournements de fonds, racket et blanchiment d’argent. D’après  les autorités américaines, ils auraient perçu des commissions et des pots-de-vin lors de l’organisation des compétitions de football au cours de ces 20 dernières années(coupe du monde 2010 en Afrique du Sud, Can 1998 au Maroc…). Ce jour-là, Sepp Blatter n’est pas concerné par l’affaire. « Nous nous assurerons que ceux impliqués seront exclus du jeu », avertit-il dans un communiqué. Il est réélu deux jours plus tard. Il démissionne par la suite. Ce natif de Viègé, né le 10 mars 1936, aurait pourtant pu finir sur un stade de football en tant que footballeur. 

Ce rêve d’enfance se transforme très vite en passion pour le journalisme sportif qu’il exerce avant de devenir en 1964, le secrétaire général de la ligue suisse de hockey sur glace. Aux jeux de Munich en 1972 et de Montréal en 1976, il est directeur des relations publiques de Longines, chronométreur officiel des jeux olympiques à l’époque. En novembre 1981, ce fils d’un contremaître et d’une mère au foyer est nommé secrétaire général de la Fifa. Il est nommé directeur exécutif en 1998 et est élu à la présidence en 1998. Divorcé de sa première épouse, Sepp Blatter s’est remarié en 2012 avec Gabriella Bianca, de 20 ans sa cadette. « Il faut s’attaquer à la racine du problème de la Fifa. Et Platini n’est pas la solution. Rappelons-nous qu’il n’était pas contre l’attribution de la Coupe du monde au Qatar », conclut Benito. 

  • Hits : [ 3404 ] 09 Jun 2015 12:37:00

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